La mosaïque de Diane et Callisto

Pièce E : mosaïque au sol (2,96 m x 2,71), datant du IIe siècle après J.C., représentant Diane et la vierge Callisto dans une scène de chasse – crédit photo LACMA

Ce thème provient des Métamorphoses d’Ovide.

La mosaïque est conservée précieusement dans une réserve du musée LACMA (Musée d’Art contemporain du comté de Los Angeles) à Los Angeles – Californie.

Mosaique et mythologie

L’histoire de Diane et Callisto est tirée des Métamorphoses d’Ovide (43 av J.C-17 après J.C)

Cette vaste fresque relate et explique en quinze livres, par l’utilisation de la mythologie grecque et romaine, la longue période allant de la naissance du monde à l’époque de Jules César.

L’originalité de ce récit est que toutes les confrontations et aventures entre humains et Dieux aboutissent non pas à des morts ou des vaincus, mais à des métamorphoses censées expliquer concrètement le monde dans lequel nous vivons (à l’époque d’Ovide) ainsi que les sentiments qui nous animent.

Le passage qui nous intéresse est tiré du deuxième livre (vers 401-495) Après le feu et le déluge qui ont ravagé la terre, Jupiter s’attache à faire renaitre la vie sur terre en commençant par s’occuper de sa chère Arcadie. Ce faisant, il s’éprend d’une vierge chasseresse de Nonacris, adepte et favorite de Diane, nommée Callisto.

Profitant du moment où celle-ci se reposait, solitaire dans une forêt, Jupiter prêt à braver la colère de son épouse Junon, prend l’apparence de Diane et réussi à abuser de Callisto.

Bien que la déesse ne perçoive son trouble, Callisto n’osa plus parader à la tête du cortège des nymphes.

Neuf cycles de lunes plus tard, Diane de retour d’une chasse, souhaita se rafraichir dans l’onde pure d’un ruisseau isolé; ses compagnes ôtent le vêtement de Callisto, qui ne veut se dévêtir, révélant au grand jour le déshonneur de cette dernière ; la déesse irritée lui ordonne de s’éloigner.

Quand le fils de Callisto (Arcas) naquit, Junon qui n’ignorait rien des frasques de son mari, se vengea sur la mère, et, pour lui enlever sa beauté, la transforma en ourse, la condamnant à errer et fuir.

Quinze ans plus tard, Jupiter voyant Arcas sur le point de tuer sa mère qu’il prenait pour une ourse, les envoya tous deux au ciel former la petite et la grande ourse, que nous pouvons admirer quand le ciel est dégagé.

Michel TADDEI

Description de la mosaïque

A gauche, Diane chasseresse est debout, coiffée d’un diadème, les cheveux relevés en chignon, vêtue d’une tunique courte sans manche, serrée à la taille, et laissant à découvert les bras et les jambes jusqu’au-dessus du genou; un manteau court en écharpe est agrafé sur son épaule droite.

La déesse est chaussée de brodequins de chasse montants; elle porte un épieu sur l’épaule gauche ; de la main droite avancée, elle désigne d’un geste méprisant, un personnage assis en face d’elle et en partie détruit. Son chien est placé au premier plan, à côté d’un tronc noueux et desséché ; il tourne la tête vers sa maîtresse.

A droite, une seconde figure, assise sur un rocher à l’ombre d’un arbre, est celle d’une femme, chaussée comme Diane, mais dont le reste du corps est entièrement nu ; ses vêtements paraissent être déposés auprès d’elle sur le rocher ; elle étend le bras vers la déesse ; la main et une partie de l’avant-bras manquent. Il n’y a aucun doute sur le sexe, ni sur l’état de nudité.

Ces deux points forts importants permettent de reconnaitre dans le panneau central une représentation extrêmement rare, pour ne pas dire unique, celle de Diane et Callisto.

Le mosaïste a choisi, pour représenter cette scène, l’instant précis ou les compagnes de Callisto viennent de lui enlever ses vêtements et ou, son déshonneur éclatant au grand jour, Diane irritée la chasse de sa présence et lui ordonne de s’éloigner. Il ne peut y avoir la moindre hésitation sur l’état et la position de Callisto qui est nue ; sa grossesse est fort apparente.

Ce qui reste du corps de la nymphe nous a conservé ce détail.

Callisto porte les mêmes bottines que Diane, ce qui confirme son caractère de compagne favorite de la déesse.

Une simple baguette entoure le tableau central et le sépare des quatre panneaux longs remplis par des scènes de chasse; mais ces quatre scènes ne sont pas le développement d’un même thème, elles sont indépendantes l’une de l’autre tout en présentant un caractère commun, en rapport avec l’image de Diane. Ces chasses sont séparées par des arbres placés aux quatre angles; elles se déroulent néanmoins dans le même sens, c’est-à-dire que le mouvement de la chasse a lieu du même côté, que les bêtes et les chiens courent toujours dans la même direction, vers la gauche du spectateur.

Dans chacune de ces chasses, un seul homme tient tête aux animaux, les attaque ou les poursuit; cet homme est vêtu du costume spécial et caractéristique des venatores. Il porte une tunique très courte, sans manches, serrée à la taille, collante contre la poitrine; il a la tête nue, les cuisses nues ; le bas des jambes, au-dessous du genou, est entouré de bandes de toiles bien serrées, fasciae, comme en portaient les gens de basse condition, chasseurs, bergers, auriges, gladiateurs, et tous ceux qui se livraient à des occupations violentes.

Dans le premier panneau, placé au-dessus du tableau central, le venator n’est pas exactement vêtu comme les autres: il est presque nu ; ses jambes sont bien garnies de bandes, mais, pour conserver sans doute une plus grande liberté de mouvement, il n’a pas de tunique ; ses épaules et ses reins sont simplement protégés par des pièces d’étoffe.

C’est un véritable bestiarius, un de ces hommes qui combattaient dans l’amphithéâtre contre les fauves sans armure défensive.

A la vue de ses membres solides, à l’aspect de son cou de taureau, à la rudesse de sa face, on devine son origine barbare et sa profession. Il est debout, dans une position défensive, entre un lion et une lionne qu’il vient de transpercer.

Un épieu est resté intact ou s’est brisé dans le corps de chaque bête dont le sang coule ; elles se retirent, l’une à droite, l’autre à gauche, en grinçant des dents et en tournant vers leur vainqueur un regard de haine et de menace. Un autre animal, assis sur son train de derrière à droite du panneau, est également transpercé et réduit à l’impuissance; il achève de mourir.

Au second plan, une panthère se tord dans les dernières convulsions de l’agonie, perdant le sang par le ventre et par la gueule. Au milieu de cette scène de carnage, le bestiaire est debout, brandissant de la main droite un épieu effilé, en tenant un autre de rechange dans la main gauche. Cet épieu c’est le venabulum, l’arme de chasse pour la grosse bête, arme terrible, mais qu’il fallait manier avec une vigueur peu commune, avec une sûreté extrême, sous peine de mort pour le chasseur. Nous avons donc ici la représentation d’une venatio dans l’amphithéatre.

Le second panneau représente une chasse au sanglier. L’animal s’avance au galop, serré de près par deux chiens vigoureux et plein d’ardeur, molosses ou chiens gaulois. Le chasseur, l’attend de pied ferme, l’épieu en avant, la pointe à la hauteur de l’œil de la bête ; il a la jambe gauche à demi pliée et la jambe droite légèrement reportée en arrière afin de prendre un point d’appui solide et pour opposer plus de résistance au choc du sanglier prêt à foncer sur l’épieu. On pourrait se demander si cette chasse à lieu aussi dans l’amphithéatre, mais les deux roseaux qui s’élèvent près du sanglier indiquent, à mon avis qu’elle se passe dans la campagne;

Sur le troisième panneau on voit une chasse au lièvre. Là aussi deux plantes ont été disposées pour montrer que l’action se déroule en pleine campagne. L’animal est poursuivi par deux lévriers gaulois, deux viautres, qu’un chasseur imberbe(ou un berger) accompagne; il court derrière eux, les excitant du geste et de la voix. Sur l’épaule du chasseur flotte un petit manteau; il porte sur l’avant-bras gauche le lagobolon, bâton à bout noueux et recourbé, dont on se servait pour tuer les petites bêtes à la chasse et principalement les lièvres.

L’animal affolé se précipite dans un panneau à claire-voie, de forme circulaire (septum venationis). Derrière ce panneau et dans une espèce de hutte, un homme se tient blotti ; il attend l’arrivée du lièvre pour le saisir et le tuer. C’est une ruse de chasse.

Le quatrième compartiment est occupé par une chasse au cerf. Un cerf et sa biche sont poursuivis par deux chiens courants semblables à ceux qu’on voit aux trousses du sanglier dans la seconde scène. Un chasseur attend de pied ferme, l’épieu en avant, dirigé contre le poitrail du cerf.

L’encadrement de cette curieuse mosaïque est remarquable.

A chacun des angles est placée une équerre à branches égales, remplie par de petits triangles superposés, qui se détachent en noir sur un fond blanc. Chacune des branches de ces équerres, en partant des angles, s’arrête à peu près au tiers de chacun des panneaux. Comme il y a une branche à droite et une branche à gauche, elles encadrent, à elles deux, les deux tiers de chaque chasses, donnant ainsi l’illusion d’une sorte de consolidation qui aurait pour but ; fictif, d’empêcher les différentes parties de la mosaïque de se disjoindre.

Un tiers de chaque panneau reste donc non encadré. C’est alors qu’intervient une double et large tresse, composée de quatre éléments auxquels correspondent quatre couleurs vives, le rouge, le bleu, le vert, et le jaune; cette tresse s’étend à son tour sur les quatre côtés de la mosaïque et, pénétrant dans le vide laissé entre les branches des équerres, elle y forme quatre trapèzes. L’intérieur de chacun de ces trapèzes est occupé par un compartiment rectangulaire orné d’un arbuste en couleur sur fond blanc. Cette ingénieuse rentrée de la tresse vers le milieu des quatre panneaux rompt la monotonie de l’ornementation et permet d’y introduire l’arbuste fleuri qui l’égaie.

La dernière bande de l’encadrement qui enveloppe enfin toute cette combinaison se compose simplement d’une ligne d’épines de rosier, piquées l’une dans l’autre, courant régulièrement entre deux baguettes et formant une décoration noire sur fond blanc.

Antoine Héron de Villefosse, archéologue