La Mosaïque de Darès et Entelle

Pièce D : mosaïque murale représentant le combat de Darès et Entelle, datant du IIe siècle après J.C., presque entièrement conservée – crédit photo Getty

Seule mosaïque en Gaule sur ce thème mythique inspiré du Vème livre de l’Eneïde de Virgile.

Remarquable par sa grandeur (2,08 m sur 2,08 m) et son état de conservation, la mosaïque appartient aujourd’hui au musée américain de la Fondation Getty (Los Angeles – Californie).

Mosaïque et Mythologie

Le combat de Darès et Entelle est tiré du livre V de l’Enéide de VIRGILE ,70-19 av. J.C (vers 363 à 484). L’Eneide, grande épopée mythologique retrace le parcours d’Enée depuis la défaite de TROIE jusqu’à son arrivée en Italie sept ans plus tard.

Le chant cinq du grand poème épique de Virgile relate, lors du passage des troyens en Sicile, le déroulement de fêtes, jeux et cérémonies organisées en hommage à Anchise son père dont il célèbre le premier anniversaire de sa mort.

Enée organise un combat de Ceste (protection de l’avant-bras et de la main en cuir utilisé par les pugilistes pour les épreuves de lutte), doté de riches présents : Pour le vainqueur un jeune taureau voilé d’or et de bandelettes. Pour le vaincu une épée et un casque magnifique.

Aussitôt, Darès se dresse au milieu d’un immense murmure en étalant sa force prodigieuse, (le seul qui osa affronter Pâris, qui terrassa le géant Butès). Personne n’osant se trouver face à un tel guerrier, ce dernier réclame son prix, alors Alceste interpelle le vieil Entelle qui après avoir protesté de son âge et de sa lassitude finit par se lever, jeter ses énormes cestes au pieds de son adversaire et se découvrant, montrant sa forte ossature et ses bras puissants se dresse tel un colosse au milieu de l’arène.

Après qu’Enée eut fourni deux cestes égaux aux pugilistes, le combat s’engage, chacun poussant son avantage : le premier, sa rapidité et sa jeunesse; le second, sa masse et sa force. L’un attaque, l’autre esquive, chacun tour à tour prend l’avantage, la lutte s’éternise, les os craquent.

Entelle levant le bras pour assommer Darès, chute lourdement quand l’autre esquive son attaque entrainant un cri de l’assemblée; Alceste se précipite pour aider son ami à se relever, ce dernier loin d’être affaibli se redresse et plus furieux encore se met à marteler son adversaire de coups redoublés Enée s’interpose pour sauver Darès d’une mort certaine et  déclare Entelle vainqueur.

Recevant le taureau du vainqueur, Entelle encore enorgueillit de sa victoire brisa d’un coup de ceste le crane de son prix et s’exclama : » Eryx, reçois cette victime, plus digne de toi que Darès: vainqueur pour la dernière fois, je dépose mon ceste et je renonce à mon art».

Michel TADDEI

Description de la mosaïque

Dans la mosaique, les deux combattants sont figurés ensemble en première ligne.

Le vieil Entelle, barbu et grisonnant, a bien l’aspect orgueilleux et brutal d’un pugiliste de profession; il est le personnage principal et le plus en vue; son image se détache entièrement sur le fond blanc du tableau. Il est debout à gauche, la jambe droite avancée dans un mouvement vigoureux, les poings fermés et armés du ceste ; ses bras arqués, bien musclés, encore plein de menaces, donnent l’impression d’une force peu commune ; les yeux se tournent vers son rival, qui s’éloigne.

C’est un vainqueur qui a conscience de son triomphe et qui est prêt à en abuser.

Darès dont on ne voit pas le visage, a des formes plus juvéniles; le dos tourné, le front en sang, il s’éloigne à droite, lentement et comme à regret, du théâtre de la lutte; mais le corps reste droit: on dirait qu’il a peine à reconnaitre sa défaite. Ce n’est pas tout à fait l’athlète anéanti et accablé dont parle le poète.

Derrière les deux lutteurs, le taureau offert en prix au vainqueur vient de tomber sur les genoux, la tête fracassée par le ceste d’Entelle ; le sang coule entre les deux cornes et se répand sur le mufle de l’animal.

Cette composition est entourée d’un triple encadrement.

Une torsade est placée immédiatement autour du panneau; puis d’élégants rinceaux, chargés alternativement de feuilles de lierres et de feuilles de vigne»s contrariées, se déroulent sur les quatre faces ; enfin une double baguette enrubannée entoure l’ensemble. La torsade ainsi que le rinceau simple, sans complication, se rencontrent fréquemment en bordure sur les mosaïques romaines de la Narbonnaise.

Antoine Héron de Villefosse, archéologue